Cameroun : La révolte des femmes contre les violences conjugales secoue Douala
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Au cœur du quartier populaire de Bojongo, à Bonaberi dans la métropole économique camerounaise de Douala, une scène surprenante a récemment agité la vie communautaire locale. Une dizaine de femmes ont infligé une correction musclée à un homme accusé de violences répétées contre son épouse. Ce geste, à la fois courageux et controversé, illustre une prise de conscience grandissante au Cameroun sur le fléau des violences conjugales et la volonté d’y répondre collectivement.
Une réaction populaire face à un mal trop longtemps ignoré
Dans de nombreuses régions au Cameroun, la violence domestique reste un sujet tabou, souvent minimisé ou caché. Pourtant, les chiffres officiels restent alarmants et témoignent d’un problème majeur. La riposte collective observée à Bonaberi traduit un ras-le-bol profond, notamment chez les femmes qui subissent ces abus au quotidien.
Selon plusieurs témoins, l’homme en question était connu dans le quartier pour ses actes agressifs à l’égard de sa femme, victimes à plusieurs reprises de violences physiques graves. Les habitantes de Bojongo ont décidé d’agir elles-mêmes, organisant une sorte de justice populaire afin de protéger la victime et envoyer un message fort aux agresseurs.
Une justice populaire sous le feu des critiques et des soutiens
Cette intervention des femmes a provoqué un débat houleux à Douala et au-delà. D’un côté, certains saluent ce courage et cette solidarité féminine face à un système judiciaire souvent jugé lent et inefficace. Beaucoup estiment que ces actes sont le reflet d’une insuffisance de la protection offerte aux victimes de violences conjugales par les institutions compétentes.
De l’autre, des voix s’élèvent pour dénoncer ces méthodes extrajudiciaires qui pourraient engendrer des dérives ou des violences supplémentaires. Le gouvernement camerounais a notamment rappelé l’importance du recours aux voies légales, appelant à renforcer les dispositifs de prévention et d’assistance aux femmes en détresse.
Le cadre légal camerounais face aux violences conjugales
Le Cameroun dispose depuis plusieurs années d’une législation visant à combattre la violence conjugale, notamment la loi n°2016/007 du 12 juillet 2016 relative à la lutte contre les violences faites aux femmes et aux filles. Cette loi prévoit des sanctions pénales contre les auteurs de violences et l’instauration de dispositifs d’accompagnement des victimes.
Malgré ce cadre juridique, la mise en œuvre est encore limitée, avec des signalements de violences souvent relayés trop tard ou confinés à l’intimité familiale. L’expérience de Douala souligne la nécessité d’intensifier la sensibilisation, de former les forces de l’ordre et de faciliter l’accès des victimes à un soutien médical, psychologique et juridique.
Une mobilisation qui s’amplifie à travers l’Afrique francophone
Le cas de Bonaberi s’inscrit dans une dynamique plus large où les femmes d’Afrique francophone prennent de plus en plus la parole et s’organisent pour dénoncer les violences basées sur le genre. Des associations, militants et activistes multiplient les actions concrètes : campagnes de sensibilisation, lignes d’assistance, centres d’accueil, formations pour la police et la justice.
Cette mobilisation s’accompagne d’une prise de conscience politique accrue, notamment au Sénégal, au Burkina Faso ou encore au Mali, où des politiques publiques plus ambitieuses commencent à voir le jour.
Comment agir efficacement contre les violences conjugales ?
- Éducation et sensibilisation : Promouvoir une culture de respect et d’égalité dès le plus jeune âge.
- Renforcement des structures d’accueil : Multiplier les centres d’hébergement et d’accompagnement pour les victimes.
- Formation des acteurs judiciaires : Assurer que policiers, juges et personnels de santé soient formés à la prise en charge des violences.
- Encourager le signalement : Créer des mécanismes sûrs et confidentiels pour que les victimes puissent se manifester sans peur.
- Impliquer les communautés : Mobiliser les leaders traditionnels et religieux pour faire évoluer les mentalités.
Conclusion
L’incident survenu à Bonaberi à Douala est le reflet d’un problème structurel qui persiste au Cameroun et dans l’ensemble de l’Afrique francophone : les violences conjugales qui demeurent un enjeu majeur de santé publique et de droits humains. Si la justice populaire peut témoigner d’une exaspération légitime, c’est bien à travers un renforcement des politiques publiques et l’engagement de toute la société que des avancées durables seront possibles.
Cette histoire d’un quartier camerounais rappelle que la lutte contre la violence faite aux femmes n’est pas une utopie, mais une nécessité urgente à laquelle chaque citoyen peut contribuer.
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